05 novembre 2009Hautefaye: le village cannibalisé (1/2)
Du cannibalisme en veux-tu, en voilà...Du cinéma à la littérature, le mythe perdure. Tandis que Jean Teulé présentera son livre "Mangez-le si vous voulez" à la foire du livre de Brive ce week-end, je vous propose une petite enquête sur Hautefaye, ce village en Dordogne que l'on a dit "cannibale".
Il y a des routes départementales sinueuses à parcourir avant de l’atteindre mais le village de Hautefaye n’est pas si perdu, à moins d’une heure de Limoges et une demie heure d’Angoulême. Et pas si triste, avec ses bâtisses orangées, son église romane et ses prés verts. On ne dirait pas qu’un homme s’y est fait massacrer par des centaines de personnes, crever les yeux, ferrer comme un cheval, brûler vif et peut-être même… manger.
C’était il y a 139 ans, au cœur d’un été de canicule et de sécheresse. A l’époque, la France compte ses morts, dans la guerre contre la Prusse. Les habitants du village, acquis comme un seul homme à Napoléon III, envoient leur foin et leur fils au front sans les voir revenir.
Dans ce triste contexte, Hautefaye accueille sa foire traditionnelle où s’amassent six cent personnes. Ce jour-là, un jeune noble du village voisin, Alain de Moneys, vient quérir une génisse pour sa voisine et un carreleur pour son voisin, sans le sou. Ce n’est pas Amélie Poulain mais presque. Dans les venelles périgourdines, on le salue, on lui sourit.
Le problème, c’est que quelques minutes plus tôt, son cousin a déclenché la colère paysanne en annonçant une raclée pour la France. Et comme il est parti sans demander son reste, c’est De Moneys qui va prendre. Très chèrement. On l’accuse, lui aussi, d’être à la solde des prussiens, d’être un Républicain. Une fois les premiers coups de poings partis, des centaines de personnes – souvent alcoolisées - vont s’en donner à cœur joie, y compris des amis du jeune noble. Accusés plus tard au tribunal – où quatre personnes seront condamnées à mort - ils se défendront mollement : « On m’avait dit que c’était un espion prussien, je ne l’avais pas reconnu, je n’ai vu qu’une boule de sang à la place de sa tête. ».
Ce calvaire insensé, l’écrivain Jean Teulé le raconte dans son roman « Mangez-le si vous voulez », sorti au printemps dernier et couronné d’un double succès critique et public.
L’auteur du « Montespan » adopte une thèse déjà abordée dans quelques livres, dont celui de l’historien Alain Corbin « Le village des cannibales » (1990). Selon eux, des mères de famille auraient ramassé la graisse sur les coudes d’Alain de Moneys, finalement brûlé dans un champ de Hautefaye, pour beurrer les tartines de leurs enfants. Ce qui en aurait fait l’un des rares cas de cannibalisme connus en France.
La suite de l'article à lire: samedi.
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