Montauk

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07 novembre 2009
Hautefaye: le village cannibalisé (2/2)

hautefaye2 Du cannibalisme à Hautefaye ? « Je n’y crois pas une seconde » assène Francis Donnary, maire du village depuis 1977. C’est à l’adolescence qu’il a pris connaissance de la tragique destinée d’Alain de Moneys. Mais il n’a jamais donné de crédit aux tartines de graisse nourrissant une population affamée. Il n’est pas le seul d’ailleurs. Même Alain Corbin remettait finalement en cause les faits de cannibalisme dans une interview au Monde le 2 juillet dernier: « Le mot cannibalisme était parfois utilisé, à l'époque, dans un sens plus large que l'ingestion, stricto sensu, de chair humaine. Que l'on ait recueilli sa graisse, c'est possible. Qu'on l'ait dévoré, c'est moins sûr. ».

Il n’empêche, le village ne s’est jamais vraiment remis de la tragédie. Gambetta avait menacé de le frapper d’infamie. Il l’a presque été. Aujourd’hui, il ne compte plus que 113 habitants. La dernière école a fermé en 1980, la dernière entreprise – une maçonnerie tenue par le maire lui-même et le dernier commerce – un bar tabac géré par sa femme – en 2002. Ne reste qu’une piste ULM à côté du bourg.

En 1970, une « messe du pardon » a réuni, cent ans après, les descendants de la victime et des coupables à Hautefaye. Dès son élection, Francis Donnary avait proposé l’érection d’une stèle en hommage au supplicié : « mais j’ai bien senti que ça ne déclenchait pas d’adhésion » regrette-t-il.

hautefaye  Malgré tout, depuis une dizaine d’années, la population s’est stabilisée et diversifiée – surtout grâce aux britanniques qui viennent acheter en Dordogne comme dans la Corrèze voisine. Et « l’an dernier, on a eu cinq naissances » se réjouit Francis Donnary.

Le fantôme d’Alain de Moneys revient pourtant sans cesse : dans l’œil des touristes, curieux et craintifs, qui font le déplacement. Et dans les médias, donc, à travers le livre passionnant de Teulé. Un peu cruel, l’écrivain en a d’ailleurs un peu rajouté en affirmant sur les plateaux de télé que si les habitants du village le rencontraient, ils le « mangeraient peut-être aussi ». « Il dit qu’il est venu enquêter ici mais je ne l’ai jamais vu » affirme Francis Donnary.

Teulé n’y serait sans doute pas brûlé vif mais glacé par la rancœur des habitants. Au 14 juillet dernier, la femme du maire a découvert un kleenex abandonné sur un banc de l’église. Dessus, il était écrit : « Une pensée pour De Moneys massacré le 16 août 1870 et dévoré par vos grands parents ».


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Posté par Thibaut Solano à 05:16 - Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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